1000 ans d’archives et plusieurs générations d’archivistes
Strasbourg conserve 1000 ans d’archives, les plus anciens documents originaux remontant au XI siècle : une bulle du pape Léon IX datée de 1049 (la charte est sans doute un faux mais la bulle est authentique) et une notice du fonds St Thomas du XI siècle. Cela est dû bien sûr à la richesse de son histoire, à l’ancienneté de ses institutions municipales, au statut de république sous le Saint Empire germanique, et au fait que les archives n’ont pas subi de destructions massives. Les régimes successifs se sont attachés à les protéger, n’hésitant pas à leur faire effectuer plusieurs déménagements.
Strasbourg acquiert son autonomie institutionnelle dès le XIIe siècle et son indépendance politique à partir de 1262. A cette date, l’évêque, seigneur de la ville, est battu par les bourgeois à la bataille d’Oberhausbergen. La ville se dote dès le XIIIe siècle d’un secrétaire de ville, ancêtre de notre directeur général des services, et étoffe progressivement son administration. A partir du Moyen Age, la production d’archives de la ville de Strasbourg est substantielle au point qu’en 1399, la ville décide de construire un local voûté – donc à l’abri du feu – dans un immeuble entre la rue des Serruriers et la Grand’rue, pour abriter les archives.
Sébastien Brant (secrétaire de la Ville de 1503 à 1521), passe pour avoir réorganisé complètement les archives. Nous avons malheureusement peu de traces écrites de ses activités. Il est vrai que dès le XIVe siècle, pour retrouver rapidement les documents, les secrétaires de la ville établissent des cartulaires dans lesquels sont transcrits les pièces importantes. Le plus ancien conservé a été commencé en 1370.
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| Cartulaire A commencé en 1370 | |
A la fin du XVIe siècle, la ville recrute un registrateur, un fonctionnaire spécialement chargé de la tenue des Archives. Le second, Laurent Clussrath (nommé en 1594) se charge du transfert des archives de l’hôtel de ville vers la Neue Bau (actuelle Chambre de Commerce). Il rédige un répertoire des principales matières traitées par les conseils de la Ville. Son successeur Johann Ulrich Fried a laissé un programme de travail.
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Miscellanea par Laurent Clussrath, Archiviste de la ville de 1594 à 1622. Notices historiques par ordre alphabétique 6R20 |
Miscellanea par Laurent Clussrath |
Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1687, la chancellerie brûle avec un certain nombre de pièces historiques : c’est la première grande destruction des Archives mais le plus grand drame vécu par les Archives est le sac de l’Hôtel de ville du 21 juillet 1789. |
Heureusement, la chancellerie, où sont conservés les papiers de la chambre des contrats et les archives du conseil des XIII, et celles de la tour aux Pfennigs sont préservées.
En 1793, la municipalité s’installe dans le Palais Rohan avec les Archives. L’archiviste Chrétien Mühlberger est confronté en 1806 au transfert des Archives dans le nouvel hôtel de ville rue Brûlée, déménagement effectué par des grenadiers de la garde impériale, le Palais Rohan étant remis à Napoléon !
Le début du XIXe siècle est une période sombre pour les Archives. La municipalité, en proie à des difficultés financières, supprime le poste d’archiviste (de même que celui de conservateur de musée) et confie les archives au comptable. Les Archives des anciens corps judiciaires urbains sont transférées au tribunal de police, qui brûlera en 1870 d’où la perte de la plupart des archives judiciaires.

Pendant la seconde guerre, les Archives vont subir bien des pérégrinations : évacuées en Dordogne, comme la population, leur retour est exigé par l’occupant en 1940 mais il faudra les disperser dans des caves de brasserie, des forts, des demeures privées et même des mines de sel à Heilbronn pour les protéger des bombardements !
Le premier semestre 1945 des Archives de Strasbourg sera donc consacré au rassemblement d’un grand puzzle. Le service réouvrira au public le 23 juillet 1945. Si ces pérégrinations ont forcément engendré des pertes ponctuelles, toutes ces précautions permettent aux Archives de sortir à nouveau d’un conflit sans grand dommage. Après un intérim de Raeuber (1944-1946), les Archives et la bibliothèque sont réunies sous la direction de François Wendel de 1946 à 1948, puis de Philippe Dollinger de 1949 à 1974. Ils sont tous deux universitaires : le poste est alors honorifique.
Le départ de la bibliothèque pour les locaux de la rue Kuhn en 1975 est l’occasion d’une partition entre les Archives et la bibliothèque. François Joseph Fuchs est nommé directeur des Archives où il travaille depuis 1942 et a réalisé bon nombre des inventaires des fonds anciens. Lui succédera, de 1983 à 2001, Jean Yves Mariotte, ancien directeur des Archives de Haute-Savoie.
J.Y. Mariotte publie notamment le guide des sources manuscrites de l’histoire de Strasbourg, des origines à 1790.
Parallèlement, pour faire face à la montée de la production des archives par l’administration municipale et communautaire et pour préparer les archives du XXI siècle (informatisation, projet de bâtiment, nouvelle production administrative…), la Ville et la Communauté urbaine ont créé un service des archives contemporaines. Il occupe des bureaux au Centre administratif et dispose de locaux de conservation au sein du bâtiment ainsi qu’à la Plaine des Bouchers (rue Lafayette, ancienne usine Melfor).
En effet, la création de la Communauté Urbaine en décembre 1966, la fusion des administrations municipales et communautaires en 1972 ont considérablement augmenté la production d’archives, déjà accrue par les nouveaux moyens de production et de reproduction des documents. Les arriérés se sont accumulés et il faut faire face à des versements massifs et à la perspective de la dématérialisation.
Le service Archives Contemporaines fusionne avec les archives municipales en 2001 pour créer le service des Archives de la Ville et de la Communauté Urbaine (il s’agit des archives de l’établissement public Communauté Urbaine, la compétence Archives des communes de la CUS n’a pas été transférée).
Laurence Perry, conservateur en chef du patrimoine, en prend la direction. Après une longue préparation, qui permet de revoir tout le conditionnement et la cotation des fonds et d’en informatiser la gestion, le service intègre en 2004 le nouveau bâtiment 32 route du Rhin.